Un nouveau contrat de majorité pour une politique de gauche efficace : Mon entretien sur RMC

Le député (PS) de la Nièvre, frondeur et proche de Martine Aubry était l’invité de RMC ce jeudi matin. Il est revenu notamment sur l’interview de Manuel Valls à L’Obs dans laquelle il critique une "gauche passéiste" par rapport à une "gauche pragmatique, réformiste et républicaine".

Rien ne va plus au Parti socialiste. Le débat sur la ligne politique suivie par l’exécutif a viré à la foire d’empoigne, mercredi, entre le gouvernement et les anciens ministres socialistes Benoît Hamon et Aurélie Filippetti, certains demandant même la démission de l’ancien ministre de l’Education. Et pour ajouter au débat, le Premier ministre Manuel Valls, dans une interview à L’Obs, en a appelé à "en finir avec la gauche passéiste", jugeant que ceux qui l’accusent de trahir la gauche sont "dépassés". Autant dire que la situation est tendue au sein de la majorité.

Dès lors, est-ce la fin annoncée du PS ? La question a été posée ce jeudi matin sur RMC à Christian Paul député socialiste de la Nièvre et principale figure des frondeurs. Selon lui, "le vrai risque n’est pas de voir le PS se déchirer mais il est de voir les Français regarder avec beaucoup d’inquiétude ce qu’il se passe en ce moment". Ce proche de Martine Aubry estime en effet que la majorité a "la responsabilité de gouverner ce pays, c’est ce que les Français ont confié à la gauche, à François Hollande et aux socialistes en 2012. Or aujourd’hui, on voit bien qu’il y a des débats, des désaccords, deux façons de concevoir l’action de la gauche au pouvoir".
"Il faut que Manuel Valls dialogue avec sa majorité"

Christian Paul poursuit en s’adressant directement à Manuel Valls. Dans Bourdin Direct, il déclare : "J’attends deux choses du Premier ministre. Tout d’abord qu’il conduise l’action du gouvernement et ensuite, et je le dis en tant que député socialiste, qu’il dialogue avec sa majorité, qu’il dialogue avec le Parlement". Reconnaissant des "tensions" au sein de l’exécutif, le député de la Nièvre insiste sur le fait qu’il est temps de faire "retomber la température et avoir enfin un dialogue au sein de la majorité pour trouver des solutions concrètes et efficaces".

Se sent-il visé par les propos de Manuel Valls dans L’Obs, et notamment à propos de la "gauche passéiste" ? "Pas une seule seconde, affirme-t-il sur RMC. On ne va pas faire un concours de modernité. Est-ce que la modernité c’est de recycler les idées libérales des années 80 ? Depuis il y a eu le krach financier de 2008, dont nous payons encore aujourd’hui les conséquences. Donc ce n’est pas en dérégulant le droit du travail, ce n’est pas en se contentant de baisser de quelques points la fiscalité des entreprises que l’on va affronter la troisième révolution industrielle imposée par l’arrivée du numérique".
"Il y a une sorte de splendide isolement de l’exécutif"

Toutefois, alors que le Parti socialiste est en proie aux luttes intestines, Christian Paul "ne souhaite pas en rajouter". Mais il ne peut pas s’empêcher de lui adresser quelques piques en indiquant notamment que "le sens du dialogue n’est pas la qualité première de ce Premier ministre". Le frondeur ajoute que Manuel Valls "ne peut pas réussir sans nous (les frondeurs, ndlr) tout comme le Président". Le député poursuit en certifiant que "ce qui manque à la majorité c’est de trouver des solutions concrètes qui marchent. Nous sommes à mi-mandat est force est de constater que tout ce qui a été proposé ne fonctionne pas et le Premier ministre a sa part dans les difficultés actuelles. Il doit se ressaisir. On n’attend pas de lui qu’il redéfinisse depuis Matignon le Parti socialiste, ça n’est pas son rôle".

Pour Christian Paul, "il y a une sorte de splendide isolement de l’exécutif que nous regrettons depuis des mois". C’est pourquoi, il estime qu’il faut "un nouveau contrat de majorité car je ne crois pas un seul instant que François Hollande puisse aller au bout de ce quinquennat sans cela. Et si ce n’est pas le cas, on court à la catastrophe politique en 2017". Le message est passé.