Ce qu’Air France nous dit de la France.

Air France, c’est la France ? La question plane ce mardi sur l’échange que nous avions avec trois salariés de la compagnie nationale, invités par Daniel Goldberg, député de Seine-Saint-Denis, là où s’étend la plate-forme de Roissy.
Moment rare de vérité, expressions maitrisés, relation précise des faits, émotion d’avoir pris pour eux les mots de « voyous » ou de « chienlit » : quand les bouches s’ouvrent, elles racontent tout, le temps s’arrête. La fierté d’être de « chez Air France », les efforts d’adaptation des années récentes, le sentiment d’être méprisés quand la machine à broyer les vies se met en route.
Erika Nguyen prend la parole, très digne, comme blessée, sans colère, ni amertume. Sa protestation a fait le tour de la France via You Tube. Elle incarne le refus du silence et de l’infantilisation. J’ai souvent croisé ces regards, dans les usines menacées, chez les ouvrières de Dim, ou d’Anvis dans la Nièvre.

Quand le dialogue social disparaît, il ne reste plus grand chose. La violence, jamais défendable, prend le pas. La dictature des images défie le bon sens. L’arbre (d’un débordement) cache la forêt (des milliers de visages atterrés).
Ces derniers jours, Air France, ce n’était plus la France que nous voulons. Celle où l’on se sert les coudes quand les temps sont durs. Celle qui fait front dans les batailles économiques, sans commencer par sacrifier, quand il faut mobiliser. Celle où l’on ne divise pas pour régner. Celle où la puissance publique ne joue pas à Ponce Pilate. Celle où la gauche n’agit pas à contre-sens.
Il va falloir tout reprendre. Sortir de l’ambiance monarchique que produit la parole d’un dirigeant pour qui le modèle social que nous défendons semble si lointain. Partager autre chose que les chiffres glacés d’un PSE. Rechercher collectivement et sérieusement des solutions durables pour Air France.
Ces jours-ci, nous savons qui défendre, et pour qui nous nous battons.