Wikipedia : un bien commun à l’abri des pressions

M. Christian Paul attire l’attention de M. le ministre de l’Intérieur sur le fait que, pour la patrie de Diderot et d’Alembert, une encyclopédie collaborative constitue un bien commun, et donc un capital précieux. Or, dans un communiqué du 6 avril publié sur Internet, l’association Wikimedia France a fait état de pressions exercées par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI) sur son Président, M. Rémi Mathis, pour obtenir la suppression d’un article concernant la station hertzienne militaire de Pierre-sur-Haute, publié dans la version française de l’encyclopédie collaborative Wikipédia . La démarche de la DCRI a été considérée comme une tentative de censure et a provoqué un large écho international. Cette action de la DCRI soulève plusieurs questions. La DCRI a, tout d’abord, demandé le retrait d’un article dont le contenu se borne à agréger des informations publiques, la principale source étant un reportage sur la station diffusé par la chaîne locale « Télévision Loire 7 » , toujours disponible en ligne. Le député demande donc au Ministre de l’Intérieur quelles parties de l’article de Wikipédia justifieraient la démarche de la DCRI. La DCRI aurait, ensuite, le 4 avril dernier, convoqué et menacé d’un placement en garde à vue et d’une mise en examen M. Rémi Mathis. Cette manière de procéder est étonnante : l’association Wikimedia France n’est pas l’hébergeur de l’encyclopédie Wikipedia. Son hébergeur, et seul responsable juridique, est l’association américaine « Wikimedia Foundation » . M. Rémi Mathis n’est pas, par ailleurs, co-auteur de l’article incriminé. M. Christian Paul demande donc à M. le Ministre de l’Intérieur sur quelles bases légales la DCRI a agi, et si le cadre légal doit être précisé à l’avenir. Le député s’inquiète, enfin, que des procédures similaires soient engagées contre d’autres bénévoles participant à d’autres projets collaboratifs en ligne, sous le seul prétexte qu’ils en sont contributeurs. Si M. Christian Paul comprend parfaitement que les services de sécurité doivent disposer des moyens de lutter efficacement contre les différentes menaces pesant sur notre pays, il demande cependant à M. le ministre de l’Intérieur quelles mesures il compte prendre pour protéger nos concitoyens de ce type d’abus et, plus largement, la liberté d’expression sur Internet.

12 réactions à l'article

  • Merci (quand même)

    Ça me troue un peu le cul de saluer un "socialiste" par les temps fort scabreux pour la gauche qui courent, mais quoi qu’il en soit, je vous remercie de votre prise de position à propos de la tentative de censure de Wikipédia par la DCRI.

    Rédigé par Swâmi Petaramesh le 12 avril 2013 à 11:21
  • Wikipedia : un bien commun à l’abri des pressions

    La réponse sera extrêmement intéressante, si vous arrivez à en avoir une.
    Cela dit, c’est tellement maladroit que je me demande si ce n’était pas un ballon d’essai pour voir jusqu’où on peut aller pour "contrôler" le contenu de Wikipedia. En l’espèce, cela a surtout révélé que c’était quasiment impossible, ce qui est une bonne chose, mais cela fait un peu peur tout de même.
    Et je suis étonnée que monsieur le ministre de l’intérieur qui, en d’autres temps, c’est-à-dire quand il était dans l’opposition, s’élevait contre la politique sécuritaire et le racisme d’état de son prédécesseur n’aie pas encore fait répondre à cette question (enfin, étonnée, c’est vite dit).

    Rédigé par Ysabeau le 12 avril 2013 à 11:41
  • Wikipedia : un bien commun à l’abri des pressions

    Merci pour cette question. J’imagine qu’il est toujours plus difficile d’interpeller son propre camp politique, donc bravo redoublé.

    Pourriez-vous préciser les modalités de cette question ? (écrite ou orale, délais de réponse...)

    Rédigé par Gall le 12 avril 2013 à 11:46
  • Wikipedia : un bien commun à l’abri des pressions

    En tant que modeste contributrice à Wikipédia, et bien loin de me comparer aux encyclopédistes des Lumières, je vous remercie du soutien dont vous faites preuve pour notre projet. Je l’apprécie d’autant plus venant d’un député de la majorité, que l’on ne pourra guère taxer d’opportuniste. Continuez, c’est pour ça que vous avez été élu.

    Rédigé par Oírr le 12 avril 2013 à 13:48
  • Wikipedia : un bien commun à l’abri des pressions

    Bravo pour cette initiative remarquable !
    En cette période troublée, il fait bon voir de semblables requêtes remonter :-)

    Rédigé par JM B. le 12 avril 2013 à 14:15
  • Wikipedia : un bien commun à l’abri des pressions

    Merci pour cette note claire et complète ; vu la complexité du sujet ce n’est pas une chose facile à faire.
    J’espère que cela aboutira.
    Encore merci pour votre soutien aux projets Wikimédia et plus largement pour votre aide dans la lutte pour le respect des lois en vigueur concernant Internet.

    Rédigé par O2 le 12 avril 2013 à 15:33
  • Wikipedia : un bien commun à l’abri des pressions

    Billet bien documenté qui ne fait pas la confusion courante entre Wikipédia, Wikimedia France et la fondation Wikimedia, mais le logo Assemblée Nationale ne dit pas clairement si c’est une question qui sera posée prochainement à l’Assemblée Nationale ou une simple lettre ouverte au ministre, pourriez-vous préciser ?

    le 12 avril 2013 à 16:24
  • Wikipedia : un bien commun à l’abri des pressions

    Bonjour,

    Bien que non résidant dans votre circonscription, je tiens à vous remercier pour votre initiative vis à vis de cette affaire. Je suis contributeur à Wikipédia mais c’est surtout en tant que citoyen que j’exprime ici mon soutien à votre démarche.

    En espérant surtout que cela prévienne d’autres affaires de ce genre à l’avenir.
    Encore merci beaucoup pour votre implication,

    Rédigé par Flo le 12 avril 2013 à 16:28
  • Wikipedia : un bien commun à l’abri des pressions

    Cher Paul, je ne comprends pas que tu défendes Wikipédia, la synthèse du n’importe quoi dans 50% des cas. Amicalement

    Rédigé par LelievreJean le 13 avril 2013 à 01:23
  • Wikipedia : un bien commun à l’abri des pressions

    Bravo et merci à M le Député pour cette interpellation d’un gouvernement en théorie garant de l’intégrité morale et intellectuelle de tous ses citoyens.
    Le partage de la connaissance et du savoir avant d’être une passion et peut être un engagement de toute une vie, demeure à mes yeux le ciment essentiel de nos sociétés démocratiques.
    Le rappeler publiquement me parait être la plus élémentaires des exigeances.

    Rédigé par André GARRIGUES le 13 avril 2013 à 12:39
  • Wikipedia : un bien commun à l’abri des pressions

    Je crois que cette intervention de la DCRI est à placer dans le contexte de la déclaration unilatérale d’indépendance juridique de fait, le 1er Mars 2013, de Google dont la CNIL suit le dossier en chef de file de ses correspondants européens. Le côté collectif de Wikimédia étant une caractéristique nouvelle concernant la structuration de ces nouvelles puissances "intersouveraines", dont il est le rôle de l’Etat souverain de se préoccuper, il est convenable que la DCRI le renseigne puisque, au contraire des Etats-Nations, ces féodaux de type nouveau interviennent par l’intermédiaire de l’espace numérique, directement sur le sol national.

    Deux préoccupations majeures me semblent donc concernées, au sujet desquelles l’Etat doit établir une doctrine :

    - la notion d’intersouveraineté, que - comme la France le soutient - se rapproche de l’expérience du droit de la mer, ou les nationaux d’un Etat peuvent se retrouver directement confrontés à tout moment aux autorités régaliennes d’un autre Etat, ou d’une autre puissance (ex. la piraterie maritime).

    - la notion d’organisation structurelle de type Wikimédia que l’ancien CEO de l’ICANN Rod Beckstrom a très bien décrit dans son livre "l’étoile de mer et l’araignée" (the starfish and the spider) où l’autorité est elle-même "interautoritative", et répond à une charte plutôt qu’à un chef reconnu, représentant légal, bien identifiée par la citation du Dr. Lessig "la constitution est dans le code source".

    Ces deux préoccupations "interconstitutionnelles" sont à rapprocher de la nécessité d’une doctrine de Défense concernant ce que l’on peut appeler la "Guerre Globale" que le monde connait actuellement sous le nom de "crise". Elle est globale (au sens français du terme : « ensemble des partie d’un tout ») car elle qui embrase la totalité globale des choses, en particulier de nouvelles formes de délits, crimes et actions guerrières encore mal juridiquement identifiés mais regroupés sous le nom de "cyberguerre". Elle embrasse aussi ce nouveau niveau dont relèvent Google, Wikipedia, Data.gouv.fr etc.et qui concerne la collecte, le contrôle et l’utilisation de la datamasse à travers son traitement algorithmique tant par les Etats, que les intérêts privés, que les organisations internationales et la société civile (parties clairement identifiées par le Sommet Mondial pour la Société de l’Information - (SMSI) comme ayant vocation à être - déjà à travers la gouvernance du moyen commun de l’Internet – à la cosouveraineté dont l’exercice constitutionnel n’est pas défini, et les régimes fiscaux et de péages virtuels ne sont pas établis).

    Au-delà donc d’opérations émissaires de renseignement du type DCRI, ou d’interventions de protection du type ANSSI, d’actions par la CNIL, de recherche de renseignements sur la théorie mais aussi sur la pratique, etc. concernant ces entités et phénomènes nouveaux, ne serait-il pas raisonnable d’engager un audit général de la réalité numérisée (digisphère) et d’y établir une doctrine de l’Etat et de la souveraineté qui renouvelle celle de Jean Bodin. Dans le contexte du concret du 16ème siècle, Bodin a identifié la forme moderne de la souveraineté, la soustrayant à une filiation divine pour la faire entrer dans le droit s’appuyant sur la force pour contrer la violence, et reconnaissant par voie de conséquence la réalité existentielle possible de tyrannies à condamner. Il semble nécessaire qu’une réflexion générale soit conduite sur la nouvelle souveraineté en multipartieprenariat global cohérent de notre temps devenu anthropobotique (hommes et bots informatiques), et sur ces conséquences pour l’Etat de Droit et l’Etat des Services publics selon les écoles de pensée françaises et les valeurs de la République.

    C’est pourquoi, ne serait-il serait de bonne réflexion que de considérer pour cela la création d’un secrétariat interministériel à la digisphère .

    Rédigé par JFC MORFIN le 13 avril 2013 à 13:53
  • Wikipedia : un bien commun à l’abri des pressions

    Effet d’annonce sur votre blog ou verra t’on cette question lors de la scéance de question au gouvernement ?

    Rédigé par MonsieurB le 15 avril 2013 à 14:31