« Nous sommes une majorité à souhaiter des inflexions substantielles » : mon interview pour le Figaro

LE FIGARO. - En avril, avec une centaine de députés PS, vous avez appelé à un contrat de majorité. Avez-vous été entendus par Manuel Valls ?

Christian PAUL. - En proposant une nouvelle méthode de travail au gouvernement et au Parlement, le premier ministre choisit de tirer les leçons du choc politique des municipales et des deux premières années de la législature, durant lesquelles le Parlement et le groupe majoritaire ont raté quelques rendez-vous majeurs, celui de la réforme fiscale notamment. Je m’en félicite. Rien de tout cela ne se serait produit si cette centaine d’élus ne s’étaient pas levés pour exercer leur devoir d’alerte et réclamer un contrat de majorité.

Pensez-vous qu’il suffit de dire que l’on change les manières de travailler pour qu’elles changent effectivement ?

Depuis le début de la Ve République, le Parlement a plus souvent été invité à voter les lois qu’à être une force de proposition. Il faut un apprentissage de part et d’autre. Le gouvernement doit être capable d’un dialogue loyal et sans tabou avec les députés. Mais, pour les députés, réfléchir sans tabous ne veut pas dire réfléchir sans principes.

À quels principes songez-vous ?

Manuel Valls veut changer de braquet sur beaucoup de sujets. Il explique par exemple que la fiscalité a atteint un niveau trop élevé. Nous lui répondons que la question de l’injustice fiscale est à nos yeux bien plus importante encore.

La question de la méthode répond-elle à vos attentes vis-à-vis de l’exécutif ?

Absolument pas. Le changement de méthode est une condition nécessaire, mais pas suffisante. Nous demandons également une réorientation de la politique économique. Les 40 milliards d’euros de baisse de charges accordés aux entreprises doivent être davantage conditionnés. Nous sommes opposés au gel des prestations sociales, qui viendrait grever le pouvoir d’achat des Français les plus modestes. Si nous reconnaissons la nécessité et l’urgence d’un plan d’économies, nous estimons aussi qu’elles ne doivent pas se faire au détriment de l’investissement dans les collectivités locales. Nous demandons à Manuel Valls de faire, avec nous, l’apprentissage d’une Ve République moderne qui ne peut reposer sur la seule infaillibilité de l’exécutif.

Êtes-vous nombreux à être sur cette ligne au sein du groupe PS ?

Les députés qui se retrouvent tous les mardis matin, avant la réunion du groupe PS, ne sont ni frondeurs ni godillots. À chaque fois, 50 à 60 députés sont présents ou représentés. Je pense que la majorité du groupe PS souhaite, non pas un changement radical de politique, mais des inflexions substantielles. Le président de la République avait employé cette expression après les municipales. Et je prends sa parole au sérieux.

Les 41 abstentionnistes viennent de sensibilités différentes du PS. Comment faire vivre ce groupe dans la durée ?

Nous allons accélérer notre travail collectif et faire des propositions au gouvernement, en amont des grandes lois de finances. Nous réfléchissons également à des débats sur la politique économique qui pourraient être organisés dans de grandes villes françaises, en présence de syndicalistes et de chefs d’entreprise. Les députés, qui ont exercé leur devoir d’alerte, considèrent qu’un dialogue nourri avec la société française et avec l’économie vivante est nécessaire.

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