« Nous n’avons pas été élus en 2012 pour faire cette politique-là » : Mon entretien à Libération

« Nous n’avons pas été élus en 2012 pour faire cette politique-là »

Député socialiste de la Nièvre, Christian Paul est l’un des initiateurs du « contrat de majorité » demandé à l’exécutif par une centaine de parlementaires.

Le gouvernement est-il entré dans une cohabitation hostile avec le Parlement ?

Non, car rien n’impose d’aller aux extrêmes. Rien n’est écrit dans la Constitution de la Ve République qui oblige un gouvernement à maltraiter sa majorité. Depuis les municipales, nous savions tous que le calendrier serait très serré. Mais, depuis lundi, nous demandons un dialogue avec l’exécutif sur le programme d’économies du « pacte de responsabilité ». Au président du groupe, au secrétaire d’Etat chargé des Relations avec le Parlement, au Premier ministre… Je comprends mal pourquoi le pouvoir exécutif, depuis deux ans, s’acharne à ne pas respecter le Parlement.
Vous contestez plus la forme que le fond des dernières annonces ?

Ce qui a atterré beaucoup de députés socialistes, c’est de se retrouver devant le fait accompli pour découvrir les annonces du Premier ministre à la télévision. Mais sur le fond, c’est plus grave ! En gelant les prestations sociales pendant dix-huit mois, ce sont des salariés, des précaires, des retraités, des familles modestes, des jeunes qui se maintiennent juste au-dessus du seuil de pauvreté que ce programme va fragiliser. Nous n’avons pas été élus en 2012 pour faire cette politique-là.
Le gouvernement n’a pas tiré les bonnes conclusions des municipales ?

Il y a des mesures à venir en faveur du pouvoir d’achat des salariés qui vont dans le bon sens. Mais dans le programme d’économies proposé, l’objectif de justice sociale n’est pas respecté. Nous avons également un désaccord sur la trajectoire et le volume de ces économies. Nous pensons qu’il est irréaliste et irréalisable d’aller trop au-delà de 35 milliards d’économies sans risquer une politique d’austérité.
Vous contestez aujourd’hui un plan d’économies de 50 milliards annoncé depuis le mois de janvier par le chef de l’Etat…

Nous demandons au gouvernement de débattre du pacte de responsabilité et de ces économies depuis bien avant les municipales ! Les efforts sont incontournables, mais ils doivent être justement répartis. On ne peut pas pratiquer une baisse des prestations universelles des Français pour financer une baisse universelle des charges des entreprises. Nous ne sommes pas dans l’idéologie : nous disons simplement que le rapport coût-avantages du pacte de responsabilité n’est pas le bon. L’addition est extrêmement lourde, et elle touche les plus fragiles de nos concitoyens.
Vous auriez préféré des réformes plus structurelles et mieux ciblées ?

Le courage en politique, ça ne peut pas être le rabot universel. Le rabot n’est jamais l’instrument de la justice, mais celui de l’injustice sociale. Le courage en politique, c’est la justice, être sélectif dans les choix. Or, le patronat veut rétablir les profits pour tous. La cohésion du pays exige la justice sociale et la croissance réclame que l’on se prémunisse contre les effets d’une austérité imposée.
Vous contestez l’objectif de réduction des déficits ?

Personne ne conteste qu’il faille réduire les déficits. Nous comprenons la logique politique et budgétaire qui sous-tend l’action du gouvernement, mais nous disons que l’effort ne doit pas dépasser 35 milliards. Nous allons proposer d’étaler cette trajectoire dans le temps. En l’état, nous ne pouvons pas voter la trajectoire triennale de dépenses publiques et le programme d’économies. De plus, est-il indispensable de discuter avec une Commission européenne en fin de vie et démonétisée politiquement ? Attendons la prochaine ! Cela nous permettra, à nous socialistes, de faire une campagne efficace pour les européennes, en montrant aux Français qu’en gardant les frères spirituels de Barroso à Bruxelles, rien ne changera en Europe.

Recueilli par Laure Bretton

http://www.liberation.fr/politiques/2014/04/16/nous-n-avons-pas-ete-elus-en-2012-pour-faire-cette-politique-la_999046