"Qui perd la mémoire perd l’espoir !"

Fêter les 110 ans du congrès du Globe d’avril 1905, comme notre naissance, est l’occasion de retrouver ensemble la grande histoire des mouvements ouvriers, sociaux, républicains, résistants, internationalistes, qui ont nourri le Parti socialiste tel que nous le connaissons aujourd’hui. Pas de nostalgie, mais une furieuse envie de vivre de nouveaux beaux moments !

Jeudi 23 avril, le soir de ce jour anniversaire, j’avais choisi d’être à Lens, dans le Pas-de-Calais, parmi les militants dépositaires de la mémoire ouvrière, meurtris par la désindustrialisation, mais déjà engagés pour la reconquête économique sur leurs territoires. Les jours d’avant, en Creuse, et bien sûr dans la Nièvre. Et ce vendredi, à Amiens.

Les socialistes sont comme tous les Français, ils demandent que nous tenions nos engagements de 2012. Face à la progression durable de l’extrême droite, ils m’ont dit aussi leur volonté que le premier parti de la gauche française ne disparaisse pas de la carte.

Redonner à la France le courage d’agir

Le pays ne va pas bien, même si partout des efforts et des talents se révèlent pour le relever. Notre parti est en danger, non pas dans son unité, mais dans sa vitalité. Je veux d’abord lui redonner le moral, et un nouveau courage d’agir.

Voilà pourquoi nous devons aussi puiser dans notre histoire commune la force qu’elle donne au Parti socialiste. Non pas au nom d’un passéisme patrimonial, mais parce que notre parti peut être fier d’avoir accompagné, et même précédé parfois, l’histoire des luttes et des conquêtes sociales, sans laquelle il serait vain de parler de progrès humain.

L’action politique n’est jamais une page blanche. Elle se nourrit d’une vision pour le futur de notre pays, mais aussi des leçons des combats passés.

Nous sommes un parti qui a le sens de l’histoire parce qu’il a le sens du progrès. L’un ne va pas sans l’autre. Ils ne doivent pas avoir de prises sur nous, les illusionnistes, en France et en Europe, qui veulent imposer leur "nouveau cours de l’histoire", renoncer aux protections des salariés ou à la dignité des êtres humains. Les croire, ce serait nous trahir.

Être les architectes de transformations puissantes

Nous sommes un parti qui a le sens de l’histoire, car nous n’esquivons pas la confrontation entre la responsabilité et les convictions. Responsables, nous connaissons les enjeux de notre temps, et nous sommes aussi porteurs passionnés de la parole des précaires, des opprimés, ou de ces damnés de la terre que la guerre et la misère mènent à Lampedusa.

Sinon, à quoi servons-nous ? À quoi être utiles, si nous ne savons plus jamais défier le récit des puissants ?

La gauche, quand le PS est au pouvoir, ne peut s’assigner comme tâche unique ou principale de "retrouver l’esprit du capitalisme". Son ambition est plus vaste et d’une autre nature. Nous n’ignorons rien des réalités économiques et de l’accélération de la mondialisation. Mais nous devons être les architectes de transformations plus puissantes, et d’autant plus durables qu’elles associent et mobilisent tous les Français par la reconnaissance de leur travail, d’abord par le salaire.

La troisième révolution industrielle n’est pas un "simple" meccano actionnarial. Ainsi, l’enjeu de réguler le secteur financier, c’est de mettre réellement les banques françaises au service des projets qui émergent, à commencer par ceux des PME et des jeunes.

Rien de grand ne se fait sans passion

Cette tension entre responsabilité et conviction nous oriente. Les débats internes, qui sont la substance même de notre parti, nous ne les avons jamais tenus à huis clos entre nous, les uns face aux autres. Nous les avons tenus sur la scène de l’histoire, sur la scène des peuples.

Quand nous renonçons à l’exigence démocratique, je le mesure en ce moment, nous nous condamnons à l’impuissance collective et à la défaite. Un parti qui s’enferme dans ses certitudes s’affaiblit sans retour. Je veux que notre parti puisse à nouveau respirer.

À gauche, rien de durable ne se fait sans raison, rien de grand ne se fait sans passion. Montrons-nous à la hauteur des plus grandes batailles d’aujourd’hui, celles de la survie planétaire, de la régulation financière ou de la justice sous toutes ses formes, avec l’énergie et l’audace de nos jeunes 110 premières années.

Ne changeons pas de nom, mais réinventons notre parti !

Retrouvez cette tribune sur le site de l’Obs : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1359097-macron-veut-retrouver-l-esprit-du-capitalisme-ce-n-est-pas-le-role-principal-du-ps.html