Mes réponses aux questions du Figaro

Le Figaro : Quel bilan tirez-vous du congrès du PS à Poitiers ?

Christian PAUL : J’aurais rêvé que ce soit un congrès de renaissance pour le PS…Nous avons tout fait pour que ce ne soit pas un congrès de complaisance. À l’actif de ce congrès, pas de sifflets. Au passif, la tentation de créer une unité de façade, quand il faudrait se donner les moyens d’un rassemblement sur le fond et sur la politique à mener pour les deux ans qui viennent.

C’est un congrès qui a mis en lumière les « deux gauches » qui coexistent au sein du PS : l’une qu’incarnent Manuel Valls, Emmanuel Macron ou Jean-Marie Le Guen, d’inspiration libérale, l’autre que nous incarnons, et qui propose désormais une alternative crédible au sein de la gauche de gouvernement. La première s’est illustrée par la politique de l’offre, sans aucune contrepartie demandée aux entreprises pour lutter contre le chômage, et s’apprête à réduire la protection des salariés en cas de licenciement. La seconde défend un soutien plus ciblé pour l’investissement et l’emploi, souhaite relancer l’investissement public et combat la défaillance démocratique nationale. J’entends par là l’urgente nécessité de remettre les citoyens dans le cœur de la politique, alors qu’aujourd’hui, ils s’en désintéressent et s’abstiennent massivement.

Martine Aubry vous a-t-elle affaibli en rejoignant la motion A ?

Non, au total, et j’observe même l’effet inverse. Nous sortons du congrès après avoir permis la naissance d’un courant d’idées qui réunit près d’un tiers des socialistes, lors des votes récents. Ce courant s’est consolidé à Poitiers, désignant à l’unanimité ses représentants au sein des instances du PS, avec une réelle cohésion dans l’expression des principaux animateurs de notre initiative. À l’inverse, au sein de la motion de Jean-Christophe Cambadélis, il y a aujourd’hui un rassemblement de bric et de broc, encore plus perceptible après le congrès de Poitiers.

Les frondeurs sont-ils en voie d’extinction à l’Assemblée, comme le disent certains ?

Que personne ne prenne ses désirs pour des réalités. Nous avons désormais acquis une forte légitimité dans le PS, et encore plus dans l’opinion. Le congrès ouvre une nouvelle étape. C’est maintenant au sein du PS que le dialogue et la confrontation des idées doivent se poursuivre.

Quelle lecture faites-vous de la tribune publiée par Arnaud Montebourg et Matthieu Pigasse dans le JDD ?

Je pense qu’il est très important que des esprits libres s’expriment, comme le fait aussi Thomas Piketty qui dénonce, dans Libération, lundi, l’improvisation fiscale. Le congrès de Poitiers n’a pas éteint le débat sur les choix économiques et budgétaires à gauche. Ces voix qui s’élèvent devraient être entendues. Manuel Valls a de l’énergie, mais il ne sait ni écouter ni dialoguer avec quiconque pense différemment de lui.

Pensez-vous à « l’après Hollande » ?

Je ne comprends pas cette formule. Elle ne peut venir que de quelques dirigeants politiques désabusés. Nous devons aux Français d’agir dans les deux années qui restent du quinquennat, avec beaucoup plus de vigueur et de combativité, pour qu’ils comprennent que la gauche au pouvoir est là pour les défendre. Rêver déjà de l’après Hollande, c’est oublier qu’une catastrophe politique menace le pays en 2017. C’est renoncer à redresser le pays. C’est un jeu de vieille politique auquel je ne veux pas participer.

Comment abordez-vous le projet de loi Macron en deuxième lecture à l’Assemblée ?

J’ai demandé solennellement au premier secrétaire du PS une médiation entre le gouvernement et les députés PS pour trouver un accord en deuxième lecture. J’attends sa réponse. Si le texte revient dans sa version de première lecture, probablement aggravée par les ajouts du Sénat et par des amendements en préparation, je n’ai aucune intention de me renier. Je voterai contre ce texte et je ne serai pas le seul.

Craignez-vous que le gouvernement utilise à nouveau le 49-3 ?

Je pense que le 49-3, pour un gouvernement qui dispose d’une majorité absolue à l’Assemblée, serait un nouvel échec. En première lecture, il y a eu une incroyable sortie de route de la part de l’exécutif. Je ne comprendrais pas une récidive.

Le Premier ministre souhaite plafonner les indemnités pour licenciement abusif accordées par les prud’hommes. Est-ce un casus belli pour vous ?

Le gouvernement a l’intention de baisser le plancher actuel des indemnités dans le cadre des licenciements donnant droit à indemnités, et surtout de les plafonner. Jusqu’ici, le juge pouvait apprécier le préjudice réel du salarié en cas de licenciement abusif. Il est inconcevable qu’un gouvernement de gauche revienne ainsi sur le droit du travail et la protection des salariés. Je n’accepte pas un instant que le seul message, quand les chiffres du chômage augmentent, soit de faciliter les licenciements. Cette mesure serait, pour la gauche au pouvoir, une faute grave et même une brûlure ineffaçable jusqu’en 2017. J’aurais aimé que Manuel Valls, qui vante tant le courage, fasse cette proposition à la tribune du congrès de Poitiers et non pas trois jours après, dans le confort des palais républicains !

La réorientation des 15 milliards d’euros de baisses de charges (cotisations ?) des entreprises est-elle encore d’actualité ?

Je demande l’application de cette proposition…de la motion A. C’est bien parce qu’elle ne figurait plus dans la « Lettre aux Français » à Poitiers que nous n’avons pas pu la signer.

Retrouvez l’article en ligne ici : http://www.lefigaro.fr/politique/2015/06/08/01002-20150608ARTFIG00289-christian-paulvalls-a-de-l-energie-mais-ne-sait-ni-ecouter-ni-dialoguer.php