« Le mot solidarité est dur à prononcer à Berlin » : mon entretien dans Libération

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« Le mot solidarité est dur à prononcer à Berlin »

Interview Christian Paul, député (PS) de la Nièvre, proche de Martine Aubry :
Recueilli par Jonathan Bouchet-Petersen

Député (PS) de la Nièvre, Christian Paul appelle à un « bras de fer » entre progressistes et conservateurs européens, mais ce proche de Martine Aubry met en garde contre une polarisation « excessive » sur l’Allemagne.

Approuvez-vous la « confrontation » avec l’Allemagne d’Angela Merkel prônée par Claude Bartolone ?

Depuis des années, libéraux et conservateurs européens bloquent la poursuite de la construction européenne. Par les choix économiques faits, mais aussi parce qu’on n’arrive pas à avoir en Europe un débat démocratique sur ces questions. Or, disposer d’un espace démocratique est ce qui manque le plus. Qu’il s’agisse des questions budgétaires, du libre-échange, de la politique monétaire. Du coup, le sentiment s’est répandu que nous sommes face à un risque de domination.

Domination de l’Allemagne sur les autres pays européens ?

Domination du camp conservateur, dont l’Allemagne est bien la chef de file. Mais il serait dangereux de polariser excessivement sur l’Allemagne. Même si un bras de fer entre conservateurs et progressistes est nécessaire, soyons prudents ! Je le dis clairement : la France et l’Europe n’ont rien à gagner au développement d’un sentiment anti-Allemand. Laisser partir l’Allemagne, dans ce qui s’apparente à un divorce franco-allemand latent, ce serait historiquement très grave.

Reste que la place de l’Allemagne en Europe lui donne un poids particulier…

Oui, et c’est bien pour cela qu’il faut mener vigoureusement la défense d’autres options. En faisant vivre un rapport de force européen mais sans tomber dans la facilité anti-Allemand. Si la France et l’Allemagne n’arrivent pas à s’accorder, c’est tout l’horizon européen qui sera revu à la baisse.

Quel pas l’Allemagne doit-elle faire ?

Le court terme, c’est un débat forcément musclé sur le niveau des déficits et sur le degré de solidarité à l’égard des pays européens en difficulté. A ce titre, j’ai été surpris que le mot « solidarité » soit si dur à prononcer à Berlin depuis deux ou trois ans. Cela, on est en droit et en devoir de le dire. Mais, face au fédéralisme budgétaire de Merkel, il faut un saut démocratique et une vision de l’avenir de l’Europe qui ne se limite pas à une bataille de comptables court-termistes sur le déficit budgétaire. En Europe comme en France, si on veut faire accepter les efforts d’aujourd’hui, il faut aller plus loin dans la proposition politique. Plus que de coupables, on a besoin de projets à long terme.

Cibler l’Allemagne, n’est-ce pas pour le PS une façon d’esquiver l’échec de Hollande à réorienter l’Europe ?

Dès le premier jour de son quinquennat, François Hollande a souhaité peser en faveur d’une réorientation européenne. Y arriver ne dépend pas que de lui, mais je ne doute pas un instant de sa volonté. Reste qu’au XXIe siècle ce n’est pas dans l’espace étroit des replis nationaux qu’on trouvera les réponses à la crise.