Le feu aux urnes 2. Newsletter de la Gauche durable #11

On imagine que la joie du FN a dû être décuplée à la lecture des commentaires de son résultat d’hier. Entre ceux qui ont proposé de renoncer au vote républicain, au nom du droit de mourir collectivement dans l’indignité, et la poursuite des invectives pour expliquer que le coupable de la montée du FN, « c’est l’autre », voilà qui ouvre de belles perspectives à l’extrême droite.

Laissons de côté les tendances lourdes, la dimension nationaliste et anti-européenne déjà souvent analysées, pour nous concentrer sur la dimension franco-française de la progression du FN.

1) Nos concitoyens sont de plus en plus nombreux à avoir le sentiment qu’une seule politique est à l’œuvre, administrée alternativement par la droite et par la gauche, et que cette politique est le résultat au mieux de l’impuissance, au pire de la connivence des élites avec les gagnants de la mondialisation qui se gavent sur le dos des perdants qu’on affame. En un an, et c’est sans doute injuste, nous n’avons pas su montrer où sont les différences entre la droite et la gauche au pouvoir. C’est là que prospère “l’UMPS”, non dans les appels au vote républicain des seconds tours.

2) Un nombre croissant de nos concitoyens juge que “les politiques” forment une caste protégée dont le niveau de vie est plus proche de celui des patrons du CAC40 que du leur. Cette caste, qui, à leurs yeux, est incapable de trouver des solutions pour le pays, est en revanche perçue comme très active à défendre ses propres intérêts. De ce point de vue, les atermoiements sur le non-cumul des mandats, le débat sur le projet de loi « transparence » et la dénonciation droite/gauche confondue des « privilèges » n’ont rien arrangé.

3) Alors que le pays traverse une tourmente et une crise exceptionnelles, le goût et l’intérêt de la France sont absents de la querelle politique. L’exploitation systématique par l’opposition, caricaturale et de mauvaise foi (et peut-être la même critique et pu nous être faite) des difficultés du pays, donne à voir des responsables politiques plus motivés par leur avidité du pouvoir que par le devoir de servir la France.

4) Enfin, dans la pluie de météorites qui s’abat sur nous les dimanches soirs, bon nombre de pierres atterrissent dans le jardin du Front de Gauche et de Jean-Luc Mélenchon. Taper à la masse sur la tête des socialistes, dénoncer la “politique de droite” menée par la gauche, crier plus fort que l’extrême droite n’a pas poussé le gouvernement à être “plus à gauche”, n’a pas fait reculer le FN et n’a pas hissé le Front de Gauche au rang d’alternative. Pour Mélenchon aussi, le temps du bilan de l’an I est venu.

La division de la gauche, la complaisance d’une partie de la droite pour l’extrême droite et l’impuissance des gouvernements à faire le bonheur de leur peuple : voilà les invariants des périodes nauséabondes.

Pour une deuxième année porteuse d’espoir pour la gauche et pour les Français, il est temps de renouer avec l’ambition du progrès social, de la transition vers un nouveau modèle de développement et d’alliances utiles pour la gauche et les Républicains. Au boulot !

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