"La purge gouvernementale ne règle rien, au contraire" : ma tribune pour Le Monde

La brutalité des événements récents, qui purgent le gouvernement de ministres dynamiques et emblématiques, ne doit rien aux figures routinières de la politique, aux rivalités ou aux compétitions. Ce n’est pas une dispute médiocre, mais des choix essentiels pour la France qui sont en débat, et qui le resteront dans les prochains mois. Car la purge ne règle rien, au contraire.
Il faut décrypter ce moment politique sans précédents dans la Vème république, pourtant riche en tensions et en fractures.

L’élection de François Hollande en 2012 ne devait rien au hasard. La crise de 2008, comme celle de 1929, appelait du volontarisme politique, de la régulation, et de la relance, ici et en Europe, en un mot, de la gauche. Ses engagements, les nôtres, et le travail accompli dans l’opposition, donnaient à la nouvelle majorité une direction et un souffle après les années noires du sarkozysme triomphant. Il n’y avait pas de « victoire empoisonnée ». Deux ans après, il flotte comme un parfum de gâchis historique.

Avec l’absence des résultats promis, depuis 2012, trois moments-clés ont catalysé les interrogations et les désaccords. La décision d’accorder 20 milliards d’euros en crédit d’impôt aux entreprises, en fonction de leur masse salariale, sans contrepartie précise, fut le déclencheur. La timidité de la loi bancaire sonna étrangement comme une impuissance à maitriser les excès du monde de la finance. Enfin, les atermoiements autour de la réforme fiscale, pourtant promise, provoquèrent un premier sursaut collectif.

Pourtant l’époque n’est pas à la déception ou à la désertion. Il n’est plus temps simplement d’alerter, ni de subir, mais d’agir. A politiques identiques, la France et l’Europe vont connaître l’impuissance économique et des catastrophes politiques à répétition. En France, ce peut être l’élimination de la gauche en 2017.

Les initiatives indispensables que je prendrais avec beaucoup d’autres seront nourries de quelques convictions fortes, pour affronter le réel.
Il n’y aura pas de sortie de la récession et de la croissance zéro, sans un plan d’urgence en France et en Europe. Il devra reposer dans notre pays sur trois piliers, finançables dans un premier temps au moins avec les économies et les marges de manœuvre dégagées par le gouvernement : soutien ciblé aux entreprises avec contrepartie en investissement, recherche, formation et emplois ; baisses d’impôt sur le revenu et de CSG pour les salariés et les retraités les plus modestes ; et dégel des dotations des collectivités locales, sous condition d’investissement.

La gauche de transformation, celle que nous voulons, qui ne se contente pas d’une adaptation docile à la mondialisation, défendra aussi des réformes structurelles, probablement pas celles qu’attend le Medef, muet quand les entreprises côtés font exploser les dividendes de 30% en un an. Ces réformes de transformation sont également indispensables : une vraie réforme fiscale, pour sortir de l’improvisation ; une nouvelle loi bancaire, pour financer l’économie réelle. La gauche de transformation fait le pari que le progrès reste durable : la transition écologique peut devenir populaire, et la révolution numérique permet la conquête de libertés nouvelles, si on ne la limite pas à une galerie marchande sans limite.

Même sous la Vème République, si on la débarrasse enfin de son armure rouillée, il y a, au moins le croyons-nous encore, la place pour une démocratie authentique. Il revient à la gauche, car c’est historiquement sa culture de faire naître et vivre un nouvel écosystème démocratique. Pour sortir de l’impuissance, les gouvernements auront besoin d’un Parlement fort, d’une démocratie sociale authentique, et d’un débat citoyen hypertonique dans la société connectée. Force est de constater qu’aucune de ces trois conditions n’est réunie dans la France de 2014.

Pour que vive la Gauche, il faudra comme antidote au doute (et à la déroute) avancer sans tabous, mais pas sans principes. Car politique sans principes n’est que ruine de l’âme. Ce risque, les socialistes devront très vite le conjurer.