"La confiance au Gouvernement, cela se mérite"

Les députés socialistes vont-ils hausser le ton ? Au lendemain d’une déroute historique pour leur parti, plusieurs dizaines d’entre eux se retrouveront à l’Assemblée, ce lundi en fin d’après-midi, pour plancher sur une « réorientation » de la politique du gouvernement. Seront représentés les deux courants de l’aile gauche, les responsables des courants « Gauche populaire » et « Gauche durable ». Membre de ce dernier, le député de la Nièvre Christian Paul jette un regard sévère sur les deux premières années du quinquennat, et prévient le futur gouvernement : « La confiance, cela se mérite. »
Comment qualifiez-vous la défaite de la gauche ?

C’est un très profond gâchis. La victoire de 2012 n’était pas porteuse d’une malédiction. Mais en s’écartant de son esprit et de ses engagements, nous avons provoqué la colère des électeurs. Le message, c’était le redressement dans la justice. Il n’y aura pas de redressement dans l’austérité, dans la montée des inégalités. La légitimité présidentielle sort affaiblie de ce scrutin : le Parlement doit donc prendre sa part dans la réaffirmation de ces engagements.
N’est-ce pas une victoire pour la droite ?

Je ne crois pas à la droitisation de la société. Les Français ne sont pas versatiles, ils ne sont pas devenus subitement des groupies du néolibéralisme. En revanche, ils ont le sentiment que nous n’assumons pas la politique pour laquelle nous avons été élus. L’urgence est donc à la coalition des courages.
En quoi consiste la rencontre de ce jour ?

Ce sera un premier temps d’échanges entre députés. Notre attitude a été mûrie depuis plusieurs jours. Elle est très responsable, car nous voulons être à la hauteur de notre mission : relayer l’exigence des Français, qui ne se sentent pas écoutés. Ceux qui se réunissent considèrent que, pour un gouvernement, la confiance se mérite, qu’elle ne va pas de soi. La démarche – qui ne se réduit pas à la gauche du PS, loin de là – pourra se répéter pour s’élargir et fédérer. Elle devrait déboucher sur une plate-forme de propositions, dans laquelle le Président puisse trouver des alternatives robustes à la politique actuelles.

Attention, ce n’est pas le retour des « cigales » contre les « fourmis », ni des déficits à la Sarkozy. Il faut des mesures de pouvoir d’achat pour les ménages les plus modestes, y compris pour les retraités, mais cela doit être couplé à des mesures de fond, et notamment à une réforme fiscale. Les chemins sont étroits, mais nous refusons l’idée qu’il n’y en ait qu’un seul. Il s’agit de nouer le dialogue avec lui et avec le futur Premier ministre.
Ce dialogue a-t-il été rompu ?

Nous avons vécu depuis vingt-deux mois un épuisement institutionnel. La promesse de donner de nouveaux pouvoirs au Parlement n’a pas été tenue.
Avez-vous une préférence quant à l’identité du futur Premier ministre ?

Nous sommes « laïcs » sur ce point. Il ne faut pas se laisser hypnotiser par le feuilleton du remaniement : cela pourrait être une manière d’éviter la discussion sur les orientations politiques. Le risque majeur serait de changer sans que rien ne change. L’important, c’est que les lignes bougent vraiment.
Qu’est-ce qui n’a pas marché durant les deux premières années de ce quinquennat ?

Il aurait fallu plus d’engagement collectif et d’accélération dans la mise en œuvre des réformes. Début 2013 déjà, j’appelais au « tournant de la vigueur ». C’était une affaire d’énergie et de style, peut-être même de croyance en la politique. Sur le fond, nous n’avons sans doute pas assez partagé le diagnostic avec tous les citoyens : le naufrage des finances publiques, la décomposition du système productif. Enfin, dans les efforts demandés, la justice n’a pas été assez prise en compte. La réforme fiscale a été insuffisante, la loi bancaire timorée, la réforme des retraites a oublié les retraités pauvres.
Faut-il remettre en question le pacte de responsabilité ?

Le risque est d’aller vers un saupoudrage des allégements de charges sur l’ensemble des entreprises, au lieu de les concentrer sur celles qui sont exposées à la concurrence, ou qui font le choix de l’investissement et de l’emploi. Ce n’est pas une question idéologique, mais un débat sur l’efficacité de ces mesures pour l’emploi. Je remets en cause la politique de l’offre quand elle est conduite dans une ambiance qui rappelle les années 1980, période de régression de la pensée économique. Beaucoup de responsables ont été tétanisés par l’ampleur de la crise. L’obsession de baisser le coût du travail tous azimuts relève d’une telle paresse intellectuelle. Nous disons que les entreprises qui distribuent la manne à leurs actionnaires, qui font pression sur leurs sous-traitants, qui ne sont pas exposées à la concurrence, ne peuvent pas être des cibles de notre politique.
Faut-il de nouveau reporter le moment du retour aux 3% de déficit, prévu pour 2015 ?

Il faut mener sans tarder ce débat sur l’utilité des dépenses publiques. Faut-il attendre que l’austérité envoie 150 députés d’extrême droite au Parlement européen pour préoccuper – enfin ! – la Commission européenne ?
Recueilli par Dominique ALBERTINI

Mon interview à retrouver sur libération :

http://www.liberation.fr/politiques/2014/03/31/la-confiance-au-gouvernement-cela-se-merite_992001