La canicule, affaire de l’Etat, affaire de tous : ma tribune dans le Plus du Nouvel Observateur

Chaleur, soleil, plages envahies et reportages convenus…Aujourd’hui, la chaleur tant attendue égaie. Bientôt, elle accablera les plus vulnérables d’entre nous, les bébés, et leurs (arrière) grands-parents, et beaucoup de personnes malades.

Lundi, l’avertissement chaleur du Plan canicule a été déclenché par le ministère de la Santé, rappelant que la canicule impose à chacun des précautions particulières pour prendre soin de lui et des autres.
Personne n’a oublié l’été 2003 et ses images terribles. 14800 personnes, décédées « en excès » par rapport aux précédentes années et dont la mort peut être directement reliée aux fortes chaleurs de cet été meurtrier. Rungis improvisé chambre mortuaire, urgences saturées… et un ministre qui prit tardivement la mesure du drame.

Les femmes et hommes politiques ne font ni la pluie, ni le beau temps. Pourtant, il incombe d’exercer les responsabilités publiques, comme de rappeler celle qui incombe à la société toute entière.

La première est celle d’organiser une réponse sanitaire adaptée à une situation de crise, qu’ils auront dû, autant que possible, anticiper.
Des leçons ont été tirées et en dix ans, les dispositifs ont évolué. Nous ne sommes plus dans l’improvisation de 2003 où les manques de préparation, de coordination, d’alerte, mais également de sensibilisation et d’éducation aux bons gestes de la population, ont, en grande partie, conduit à ce résultat terrible.

Un plan canicule a été mis en place en mai 2004, il est prolongé et enrichi depuis lors. Il prévoit une série progressive de mesures de prévention et de protection à l’égard des personnes les plus fragiles face à la chaleur. Le plan canicule 2013, qui intègre différentes expertises comme celle du Système d’Alerte Canicule et Santé (SACS) a été repensé pour tirer parti de l’expérience des années précédentes. Ses priorités sont claires : prévenir les effets d’une canicule, protéger les populations par la mise en place de mesures de gestion adaptées aux niveaux de vigilance météorologique, informer et communiquer. Par ailleurs, quatre niveaux d’alertes sont distingués : veille saisonnière, avertissement chaleur, alerte canicule et mobilisation maximale.

Le dispositif consiste à prévenir et anticiper les effets d’une éventuelle canicule, en adaptant les réponses aux différentes catégories de populations : les populations isolées et à risque, les jeunes enfants, les travailleurs, les personnes hébergées en établissements, pour le grand public. Par ailleurs, des recommandations ont été préparées pour la protection des personnes les plus fragiles : nourrissons, personnes très âgées, malades souffrant de pathologies chroniques, ou prenant certains médicaments, personnes souffrant de troubles mentaux et situations particulières, comme l’absence de domicile.
Des moyens conséquents sont déployés, depuis dix ans, pour permettre une prévention efficace des risques, ainsi qu’une mobilisation maximale des professionnels de santé en cas de besoin. Le grand public connaît un nombre de ces actions : désignation de lieux climatisés à rejoindre en cas de vagues de chaleurs, recensement des personnes âgées ou pouvant particulièrement souffrir de la canicule par les mairies, distributions d’eau au travail et ailleurs, campagnes de publicité renseignant sur les gestes élémentaires à avoir et pièces climatisées aménagées dans les maisons de retraite. Par ailleurs, à tous les niveaux, les responsables politiques nationaux et locaux, dans les administrations ou les établissement de santé, suivent un protocole précis et revu chaque année afin d’être prêts à déclencher des dispositifs renforcés. C’est, par exemple, le cas du Plan blanc en cas d’activité accrue d’un hôpital. Les Agences Régionales de Santé, quant à elles, transmettent à la Direction Générale de la Santé de façon hebdomadaire les informations relatives à l’état de l’offre de soins dans les établissements de santé et la mise en évidence éventuelle de phénomènes de tension. Dès le passage en niveau 3, déclenché par le préfet, elles doivent renseigner quotidiennement le portail canicule.

Le système est rodé et l’absence de répétition du drame de 2003 accrédite le propos de la ministre chargée des personnes âgées et de l’autonomie, Michèle Delaunay, selon lequel le dispositif alerte canicule est « éprouvé ».

Pouvons-nous pour autant nous sentir en sécurité, penser que nos proches, nos voisins, nos concitoyens les plus fragiles ou isolés le sont ? En septembre 2003, les députés, choqués, avaient remis un rapport d’information sur « la crise sanitaire et sociale déclenchée par la canicule », qui débutait ainsi : « La canicule 2003 doit être l’occasion d’une prise de conscience des évolutions de notre société (…). Les personnes âgées sont trop souvent invisibles, invisibles lorsqu’elles continuent à vivre plus ou moins « comme tout le monde », grâce à l’élévation des niveaux de vie et aux progrès de la médecine, mais aussi invisibles dans l’isolement, dans l’indifférence, voire dans une mort dont on ne se préoccupe guère d’élucider les causes tant qu’elle n’apparaît pas « épidémique » comme cet été. ».

Ce constat d’échec, c’était le notre, car une autre responsabilité nous incombe, celle de savoir organiser et faire vivre le « care », le souci d’autrui et le soin qu’il requiert. La solidarité nationale s’exprime au quotidien, mais s’exige en périodes d’exception. En dix ans, des équipes de bénévoles ont su s’organiser, mues par la volonté que la précarité, l’isolement, la fragilité ne tuent plus. Ils ont la reconnaissance de tous.

Bien sûr, ces prises de conscience, individuelles ou associatives à l’origine, réclament surtout une coordination des acteurs locaux. Je pense notamment aux maires, aux conseillers municipaux, aux équipes des CCAS, qui impulsent nombre d’actions de prévention et d’accompagnement, notamment là où elles sont le plus nécessaires. Dans nos territoires ruraux qui souffrent souvent d’éloignement pour l’accès aux soins, les solidarités de proximité restent fortes, et les lieux de prise en charge sont à taille humaine. Dans l’hyperconcentration urbaine, les risques paraissent plus grands.
Au total, je crois comme Serge Guérin, sociologue qui dit si bien l’accompagnement nécessaire aux plus vulnérables, que « la canicule a changé les mentalités ». La parole et les actes mobilisés dans ces moments-là contribuent à la cohésion de notre société, et à la fraternité qui la garde des drames évitables.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/910505-canicule-depuis-2003-le-dispositif-d-alerte-a-evolue-les-mentalites-aussi.html