Intervention lors de la discussion du projet de loi Emplois d’avenir

Monsieur le ministre,
mesdames et messieurs les députés,

Nous savons pour qui nous agissons et pourquoi nous sommes ici.
Nous sommes ici parce qu’une part importante de la jeunesse de France considère que la politique ne fait rien pour elle, et que son sort est écrit pour longtemps avec des mots implacables : la galère, le déclassement, la précarité et la pauvreté.
Cette part grandissante des jeunes français partage une expérience dramatique : elle devient fataliste. Rien ne lui est facile, surtout pas l’accès à l’emploi. Rien ne lui paraît possible, surtout pas la main tendue du monde des adultes.
Comment se sentir citoyen d’une société dont on est exclu ? Avec cette loi, nous voulons apporter une partie de la réponse.

Nous sommes ici parce que les politiques économiques libérales et brutales ont échoué, parce que les politiques éducatives sont restées sans effet, et qu’elles ont laissé sur le bord du chemin 500000 jeunes sans qualification et sans emploi. Et parce que les politiques de l’emploi, fondées essentiellement sur l’allègement des cotisations sociales, ont échoué.

Nous sommes donc ici pour agir, pour que cette part nombreuse de la jeunesse de France retrouve un espoir et un chemin. Le retour de la puissance publique, c’est aussi de créer des emplois stables pour les jeunes français.

Nous sommes ici pour qu’à cette occasion, l’une des premières lois de cette législature, nous agissions tous en militants de l’égalité des territoires.
Les villes comme les campagnes sont également dures pour la jeunesse.
Les zones urbaines sensibles et le monde rural fragile en revitalisation sont souvent pour les jeunes les deux terrains extrêmes de l’exclusion. La discussion en commission a fait progresser le texte pour mieux combattre les fractures géographiques et sociales.

Nous entendons aussi les questions qui fusent, et parfois même les inquiétudes.
Nous savons tirer les leçons des programmes passés. Emplois jeunes et emplois tremplins des régions ont été des succès incontestables, faciles à évaluer.
Pour autant, il y a des conditions à bien remplir pour que les emplois d’avenir soient aussi des tremplins efficaces.
La formation est essentielle. Les Régions sont prêtes à y prendre toute leur place.
La préparation de la sortie du programme doit être assumée, par les employeurs comme par les jeunes.
Nous saurons également adapter ce programme aux besoins et aux emplois d’aujourd’hui et de demain.

Mais nous sommes lucides, et nous savons que ces mesures, à elles seules, ne suffisent pas.

L’effort ainsi entrepris ne nous exonère en rien de l’immense offensive de réformes aujourd’hui nécessaire pour refonder l’école, pour inscrire la formation comme un droit tout au long de la vie au travail.

Les emplois d’avenir vont réparer en urgence les inégalités, surtout celles qui font que l’origine sociale pèse lourdement sur la réussite scolaire, et que l’absence de diplôme signifie l’impasse, tant « l’emprise » du diplôme est forte en France.
Mais pendant ces cinq années qui viennent, notre ambition ne sera pas seulement de réparer ces inégalités, mais, avant tout, de les prévenir.

Enfin, nous récusons fermement les faux reproches.
Combien de fois entendus quand nous avons créé les emplois-jeunes, quand vous les avez supprimés, et encore aujourd’hui.
Les emplois d’avenir sont de vrais emplois.
Pour quelle philosophie un emploi d’utilité sociale serait moins vrai qu’un emploi industriel ? Le travail de l’infirmière n’est pas moins noble que celui de l’ingénieur. Cela vaut également pour les jeunes qui vont entrer dans les emplois que nous proposons. Nous récusons aussi l’idée qu’il suffit de s’en remettre aux potentiels des entreprises.
L’économie d’un pays à croissance tiède (vous avez laissé à la France la croissance à zéro %) ne fournit pas du travail à toute la génération qui arrive.
Le redressement durable n’exclut pas qu’en urgence, nous sachions apporter des solutions concrètes et solidaires.
La leçon de cette crise, sans fin jusqu’ici, c’est que le marché ne peut pas tout, et qu’il faut du courage politique pour bâtir des interventions efficaces.

D’ores et déjà, je souhaite avec vous à 150 000 jeunes français, à 100000 d’entre eux dès 2013, de trouver très vite toute leur place dans la société française et dans la vie au travail.

3 réactions à l'article

  • Intervention lors de la discussion du projet de loi Emplois d’avenir

    Bonjour Monsieur Paul .

    J’ ai l impression de m adresser à monsieur bocuse mais ce n’ est pas tout à fait la même cuisine.
    J’ ai une question qui me turlupine depuis un certain temps.

    Pourquoi l’ Etat n’ est pas beaucoup plus interventionniste qu il ne l’ est, dans le domaine de l’ emploi, et notamment dans le domaine de la production alimentaire ? (ou des transports)

    il n y a pas de marché à créer ou de client à conquérir puisque chacun, chaque jour, doit se nourrir.(ou se déplacer).
    Je ne suis pas persuadé qu un nouveau contrat ou une nouvelle directive soit éfficace.
    on a connu les TUCS, les CES, les CUI, les CAE et j en oublie ; des emplois précaires que nous signons avec l’ amère satisfaction d’avoir un emploi pour un temps donné.
    Pensez vous que l’ Etat pourrait prendre des décisions plus radicales pour améliorer la vie de ses concitoyens ?

    J ai voté Francois Hollande et j attend beaucoup du gouvernement pour trouver des solutions rapides .
    Dans l’attente de votre réponse, veuillez agréer mes sincères salutations

    Signé : un cornemuseux , au chômage qui à peur de l’échec de la gauche et qui ne veut pas ,de son vivant, voir le taux de goudron de la gauloise blonde franchir les 17 % ;c est déjà beaucoup trop !

    Rédigé par brugère le 11 septembre 2012 à 23:38
  • Intervention lors de la discussion du projet de loi Emplois d’avenir

    voilà, tout est dit, sur notre vision des gens et notre vision du monde. C’ est ça qui distingue la gauche de la droite. la droite c’est "débrouille-toi tout seul" " tu n’as que ce que tu mérites" ," la société n’a pas à tre solidaire",
    La possibilité d’entrer dans le monde du travail est d’ une très grande inégalité !!! L ’ Etat a donc, oui, à orienter ce qui permet à tous de vivre bien, de s’en sortir, quel que soit son parcours ! .

    On connait tant d’emplois-jeunes qui ont trouvé des orientations auxquelles ils ne pensaient pas. Qui se sont présentés à des formations, des concours, à des embauches avec une connaissance du milieu du travail, et une parole alors plus facile, et souvent mieux mieux reconnue.

    Bien de publier ce qui est dit à l’ assemblée. ça nous "arme" tous sur les questions votées ou en cours de votes.

    l

    Rédigé par nicole le 17 septembre 2012 à 14:38
  • Intervention lors de la discussion du projet de loi Emplois d’avenir

    Bien de publier ces interventions à l’ assemblée. Ceci nous "arme" pour expliquer les votes ou les arguments pour les votes en cours. Car dans cette intervention tout est dit ! Elle donne notre vision des gens, de la personne à gauche !

    La possibilité d"accès au travail, à l’ entretien d’embauche est une très grande inégalité entre les gens.
    la gauche ici se distingue de la droite pour qui "débrouille-toi tout seul" "l société n’a pas à être solidaire" l’ Etat n’ a pas à s’occuper de cela" - mais qui alors va s’occuper de leurs difficultés ? ..

    On a vu tant d’emplois-jeunes découvrir les métiers possibles, les formations possibles, les concours...démontrer que tel emploi où ils étaient est utile !!!
    Et on les a vus acquérir alors une parole + facile, mieux reconnue dans des entretiens d’embauche ou de demandes de formations etc !!! on les voit maintenant !!! après ce parcours démarré par cet emploi où ils ont énormément servi ceux qui les ont embauché et encadré. eux, ils défendent ces emplois d’avenir. Comme leur famille avec lesquelles les rapports changent quand on est dans l’emploi et qu’on gagne de l’argent, même peu au départ. Car il y a une projection possible vers l’avenir.

    Rédigé par nicole le 17 septembre 2012 à 14:48