Il n’est pas trop tard pour une offensive libératrice

Il y aura des émotions sincères, des larmes de crocodiles et, pour de très nombreux citoyen(ne)s orphelins des espoirs de 2012, la colère du temps perdu. La page qui se tourne ainsi me fait me souvenir d’un jeune et talentueux animateur politique rencontré il y a trente ans, et qui dessinait des perspectives auxquelles beaucoup croyaient. Goût amer.
Il l’a décidé sans préavis, comme beaucoup des choix qu’il a faits. François Hollande ne sera pas candidat à l’élection présidentielle. Le Président a tiré les conséquences d’une situation sans précédent, qu’il a lui-même largement contribué à créer. Il s’est auto-empêché. Ce soir, je n’ai pas entendu un renoncement. Plutôt le glas d’un drame démocratique. Les renoncements étaient venus bien avant.

Je ne tire aucune gloire, c’est tout le contraire, d’avoir vu arriver tôt, avant le printemps 2014 le doute, puis la déception et la défiance, qui allaient causer les défaites électorales. Nous étions alors bannis pour avoir vu s’approcher la catastrophe politique confirmée ce soir.

Les généraux défaits et les stratèges infaillibles, après deux jours de deuils, redonneront de terribles leçons, sans jamais faire amende honorable. Je ne demande à personne de se couvrir la tête de cendres. Mais seul un esprit de responsabilité et d’humilité doit prévaloir. Ce n’est pas tant l’échec d’un homme que la défaite d’une politique. Parce qu’elle s’est éloigné d’engagements pris devant notre peuple. Parce qu’elle a manqué d’inspiration et d’ambition, plus que par dérive libérale, encore que celle-ci a existé. Tournons résolument cette page.

Un étrange laisser-faire a conduit à la dislocation d’une grande majorité. L’unité ne vient jamais seule. Il faut l’assortir d’une question : l’unité, pourquoi faire ? Nous allons très vite consacrer notre énergie à forger la réponse.

Cap sur la primaire. Il faut l’élargir à ceux qui n’y voient jusqu’ici qu’un piège, alors qu’elle est l’antidote à l’effacement général des gauches et des écologistes. Faisons de cette primaire un grand événement démocratique. Bousculons ceux qui rêvaient de l’anesthésier, par une vague populaire indomptable. Relevons le défi que la primaire de la droite a lancé au peuple de gauche. Appelons chacun à ses responsabilités historiques : on ne peut redouter, à juste titre, le retour des années trente, et confondre l’élection présidentielle de la Vème République en ce moment, et une simple tribune pour des idées, même légitimes.

Il faudra savoir parler à tous les Français, sans faire de l’élection présidentielle une croisade identitaire. Il est temps d’imaginer une offensive libératrice de la démocratie et des innovations dont la société française est capable. Par un étonnant paradoxe, la décision de François Hollande en donne le signal.