Gaz de schistes : après moi le déluge ? Edito de la Gauche Durable #8

Le débat sur l’exploration et l’extraction des gaz de schistes va revenir. La position qu’a adoptée la France et qui est celle du Président de la République, à savoir le refus de l’exploitation par la fracturation hydraulique, n’est définitive qu’aussi longtemps qu’on veut bien qu’elle le soit. L’exemple américain pèse lourd. Il modifie la donne économique aux Etats-Unis et perturbe le marché mondial de l’énergie. De bonne foi, certains s’interrogent : “pourquoi s’en priver ?”. La réponse se situe à deux niveaux : les techniques d’extraction et la trajectoire énergétique.

La fracturation hydraulique est une technique dévastatrice pour l’environnement. Elle épuise la ressource en eau par une consommation phénoménale et rejette dans les nappes phréatiques des eaux chargées de substances chimiques toxiques. Tout le monde en convient. Dès lors, surgit le rêve d’une technologie “propre”. Elle n’existe pas et, pour l’heure, rien de sérieux ne se profile. Faut-il investir dans la recherche d’alternatives ? Il faut investir dans la transition énergétique, c’est à dire, entre autres, les économies d’énergie, le stockage de l’électricité, les énergies renouvelables et la combinaison avec les technologies numériques.

Les gaz de schistes relèvent-ils de la transition énergétique ? Voilà le second motif d’inquiétude. Il faut admettre que la planète possède, dans son sous-sol, davantage d’énergies fossiles que l’atmosphère ne pourra en absorber sans dommage irréversible. Dès lors, il faut accepter de renoncer à s’en emparer, à moins de courir dans l’insouciance vers un dérèglement climatique majeur et inédit.

Le choix des gaz et huiles de schistes, c’est celui de la même trajectoire énergétique que celle du charbon et du pétrole. C’est le choix qui enterrerait toute ambition de conduire, au plan français comme européen, un processus de transition énergétique. C’est le choix du court termisme. Après moi, le déluge ! Mais, à bien observer météo et climat, pas sûr que le déluge attende jusque là.