Donner la priorité au logiciel libre à l’Ecole : lettre à Vincent Peillon.

Monsieur le Ministre,

Il ne faut plus en douter, les usages numériques illustrent un changement de civilisation. Au cœur de cette grande transformation, le logiciel libre confirme la place de la production coopérative et l’autonomie grandissante de chacun, enseignant ou élève.

C’est pourquoi je me permets de vous faire part de mon inquiétude quant à la portée de l’amendement du Gouvernement n°359, voté lors du débat sur la loi d’orientation et de programmation pour la Refondation de l’école de la République. En effet, la première rédaction de ce texte, votée au Sénat et en commission à l’Assemblée, faisait preuve d’un réel volontarisme. Le logiciel libre devenait un choix prioritaire pour l’administration, il n’est plus désormais que « pris en compte ».

L’inscription dans la loi d’une priorité donnée aux logiciels libres, ou FLOSS, Free/Libre and Open Source Software, aurait pourtant une portée symbolique et pratique forte, et intégrerait la France aux grandes dynamiques du numérique éducatif. En effet, les logiciels libres permettent de répondre aux objectifs d’un service public numérique ambitieux. Ils sont par nature des éléments de diversification de l’offre logicielle. De plus, leur enrichissement permanent par la communauté des utilisateurs présente un triple avantage :
La souplesse du logiciel et de ses fonctionnalités, permettant d’adapter la pédagogie numérique aux différents publics et d’effectuer un suivi véritablement personnalisé de l’élève.
L’aspect collaboratif du logiciel libre permet qu’une communauté support soit toujours disponible. La mutualisation est rendue possible avec l’ensemble de la communauté pédagogique, et les élèves bénéficient personnellement des mêmes outils que ceux utilisés en classe.

Une réduction notable des coûts, la gratuité de ce modèle tranchant singulièrement avec les prix parfois rédhibitoires des licences et des mises à jour. C’est également une garantie de l’indépendance de l’éducation et des contenus pédagogiques.

La circulaire du Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, « Orientations pour l’usage des logiciels libres dans l’administration » du 19 Septembre 2012 sur l’utilisation des logiciels libres dans les administrations donne les lignes directrices de ce que doit être l’utilisation des logiciels libres dans l’administration. Le Conseil d’État, pour sa part, a affirmé dans sa décision du 30 septembre 2011 que ce modèle, dès lors qu’il est accessible à tous, ne nécessite pas de justifier son choix dans le cadre d’un marché public.

Ainsi, il paraît logique que l’ensemble des préconisations de cette circulaire soit appliqué aux systèmes d’information de l’Éducation Nationale. Dans le domaine des technologies de l’information et de la communication au service de l’enseignement, la France accuse un retard que vous avez entrepris de combler. Afin de faire progresser l’Éducation Nationale en la matière, les CRDP et les responsables numériques devraient pouvoir se charger de la diffusion des ressources et logiciels libres pour l’éducation, la formation des enseignants à ces outils, la promotion et le recensement des pratiques d’ores et déjà en place dans leur académie.
Une réécriture du texte encore au Parlement apparaît nécessaire. Pourquoi ne pas parler de « prise en compte prioritaire »… ?

Une circulaire du ministre de l’Éducation nationale en ce sens permettrait également de rassurer et d’aider toutes celles et ceux qui veulent favoriser une éducation numérique libre et performante.

Ne doutant pas de votre engagement en ce domaine, je vous prie d’agréer, monsieur le Ministre, mes plus cordiales salutations.

Lettre à M. Peillon.pdf by Christianpaul58

4 réactions à l'article

  • Donner la priorité au logiciel libre à l’Ecole : lettre à Vincent Peillon.

    http://blog.marklor.org/post/2013/06/14/Ras-le-bol-du-collaboratif. C’est bien de fidèlement réagir aux sollicitations de l’April, mais encore ne faudrait-il ne pas tout ignorer de l’écosystème de l’Education numérique Français, face à la compétition mondiale du sujet... Naïvement nourrir le lobbying de Google et autre sur la gratuité et l’exploitation des enseignants contre le développement des entreprises françaises du numérique... plutôt Hachette ou Kosmos contre les sociétés de service qui sous paient de la chair à coder de l’April

    Rédigé par Charles Nodier le 16 juin 2013 à 09:08
  • Donner la priorité au logiciel libre à l’Ecole : lettre à Vincent Peillon.

    Bonjour.
    Que dire sinon Merci...
    Merci pour les bénévoles qui n’ont a opposer que leur temps libre aux sommes astronomiques dépensées par les services marketing des éditeurs de logiciels propriétaires, sommes obtenues par de l’évasion fiscale en Irlande de surcroit !
    Merci pour les personnels de l’éducation nationale qui essaient de militer souvent au péril de leur carrière.
    Merci pour la jeunesse de notre pays afin qu’elle puisse entrer dans un monde numérique qui ne sera plus dominé par les gains faciles et l’illettrisme numérique ou notre pays s’est engagé depuis le plan informatique pour tous qui refusait l’idée de science du numérique pour tous.
    Bien cordialement,
    Jean-Yves JEANNAS
    Vice président éducation de l’AFUL
    Ancien formateur TICE dans les IUFM
    Chargé de mission C2i à l’université Lille 2
    Membre du groupe ITIC de l’EPI

    Rédigé par JEANNAS Jean-Yves le 16 juin 2013 à 13:46
  • Donner la priorité au logiciel libre à l’Ecole : lettre à Vincent Peillon.

    Merci, pour cet lettre. Cela fait plaisir de voir des hommes politiques engagés pour les logiciels libres dans l’éducation.

    Signé un professeur de technologies

    Rédigé par sliaigre le 16 juin 2013 à 19:08
  • Donner la priorité au logiciel libre à l’Ecole : lettre à Vincent Peillon.

    Bonjour,

    Je salue votre engagement pour les logiciels libres, mais je voie une grande incompréhension de cet écosystème.
    La gratuité des logiciels libres est un trompe l’œil. J’ai déjà eu l’occasion de comparer des logiciels libres et des logiciels commerciaux pour une utilisation professionnelle et je n’ai pas vu une grande différence de prix lorsque que l’on prend en compte le coût global de possession avec un support de bon niveau.
    Le développement a de toute façon un coût qu’il faut rattraper d’une manière ou d’une autre. Certains développeurs sont rémunérés (universitaires et salariés de quelques entreprises qui y voient la valorisation de leurs travaux), d’autre non. La plupart des informaticiens indépendants ne peuvent y consacrer des moyens au niveau de leurs compétences par manque de financement.
    Il faut également savoir qu’un logiciel, qu’il soit libre ou pas, ne peut pratiquement pas être protégé et sera donc copié ou réutilisé de différentes manières. Il n’y a pas lieu de s’en inquiéter, car le bénéfice profite à la communauté et non à quelques individus, mais cela impacte directement la manière dont nous devons en penser le financement.

    Par ailleurs, la taille de la communauté est un facteur déterminant sur le succès du projet. Tous les logiciels libres ne sont pas un succès, loin de là.
    Je vois par exemple que vous utilisez le CMS SPIP pour votre site Internet. Vous valorisez ainsi le seul CMS libre qui soit à 100% français. Malheureusement cet avantage est également son tombeau. Les équipes de développement ne peuvent rivaliser avec les géants que sont devenus WordPress et Drupal aussi bien au niveau de la sécurité que de la richesse fonctionnelle. Les ministères français qui avaient également choisi SPIP pour démarrer leurs sites Internet, mais ont tous migré vers Drupal.

    Si nous voulons reprendre la main sur les logiciels libres, il faut trouver des méthodes de financement efficaces et innovantes. Parmi celle-ci, je suggère l’utilisation de monnaies spécialisées. La France est très en retard sur ce sujet et à part le projet Sol qui sera de toute façon un échec ainsi que quelques monnaies locales en cours de développement, je ne vois pas de développements significatifs. L’Euro s’avère incapable d’aider notre économie sur les investissements longs et les infrastructures et peut donc être complété sans mal sur ce sujet par une monnaie spécialisée. Pour l’investissement, il faut une monnaie qui puisse être établie de manière permanente (donc sans prêts ni remboursement) mais fondante pour compenser l’obsolescence et l’usure des contreparties. La fonte permet de continuer les investissement sans augmentation anormale de la masse monétaire, donc sans inflation. La fonte, contrairement aux intérêts et à l’inflation permet de faire payer les coûts à ceux qui en ont les moyens et est donc un outil de justice sociale.

    Rédigé par Pascal Legris le 24 juin 2013 à 12:13