Début de l’examen de la réforme des retraites à l’Assemblée nationale : mon intervention lors de la discussion générale

A l’actif de cette majorité et de ce gouvernement, nous adopterons dans quelques jours une réforme pour parvenir, malgré la crise, à sécuriser notre système de retraites, en le finançant, et à faire progresser la justice, qui donne le sens de notre action.

Ces deux objectifs sont affirmés sans ambiguïté dans ce projet, et nous travaillons avec le gouvernement à les atteindre.

La droite, sur ce sujet, n’a guère servi la France.
La tentative brutale de 2010, dont les inspirateurs sont de ce côté, n’a pas assuré le financement des retraites. Elle a fait prospérer les inquiétudes et les injustices. Le mot de réforme ne saurait s’appliquer à cette régression. Si la virulence des critiques est proportionnelle à l’échec, nous allons entendre ce soir beaucoup de bruits et de fureur.

Plus grave, vous rêvez de pousser le gouvernement sur les écueils.
Non, à l’heure de la réforme des retraites, le courage, ce n’est pas le saccage.
Non, la réforme, ce n’est la fin de la solidarité.
Dans un livre récent, l’un des vôtres décrète la « mort de l’Etat-Providence » ! Si c’est votre programme, et je le crois, dites-le aux Français. Si l’âge légale à 65 et la retraite à 70, c’est votre intention, et je le crains, dites-le maintenant, en pleine lumière au Parlement. Chacun jugera, nous sommes très loin du programme du Conseil national de la Résistance.

Venons à l’essentiel. Cette réforme était nécessaire.
Les Français le savent, le sentent, le disent.
Ils nous auraient à bon droit reproché de ne pas prendre à bras-le-corps cette réforme. En effet, il y a trois ans, nous avons reproché à la loi Sarkozy d’être injuste et non financée, car elle l’était. Il fallait tourner cette page.

Cette réforme est financée.
Des ressources sont mises en face de la démographie, dans la clarté.
Ce n’est pas une falaise à gravir. Les travaux du COR et le rapport Moreau ont jalonné la trajectoire.
Il y a quinze années difficiles devant nous, de 2020 à 2035.
Nous avons pris la mesure des besoins financiers, sans les minorer, sans les exagérer pour faire peur aux retraités d’aujourd’hui et à ceux de demain.

Avec cette réforme, nous parvenons à garantir le système par l’effort général, réparti, et par un pilotage responsable.
Les entreprises y prendront leur part, au côté des salariés. C’est la logique du système de retraite.
Le Medef demande sans cesse des compensations. Ce n’est pas une demande cohérente. La retraite restera majoritairement un système contributif, financée par des cotisations.
Viendra prochainement le temps d’une réforme, d’une refondation du financement de la protection sociale, y compris de la branche famille.

Cette réforme fait progresser la justice.
Qu’est-ce que la justice, quand on réforme un système de retraite ? Deux buts :

C’est d’abord plus d’égalité. L’égalité, c’est la base universelle d’un système par répartition. Nous nous attachons à le consolider, et ainsi à le sauver.

Mais la justice, c’est aussi plus de prise en compte de la réalité vécue, et de la vraie carrière de chacun. Nous voulons plus de personnalisation des réponses. Nous voulons personnaliser le système de retraites.

Les Trente glorieuses restent une nostalgie, avec leur vie au travail plus complète et des parcours plus linéaires, souvent dans la même entreprise ou dans la même branche.
Aujourd’hui, nous devons cesser d’ignorer les carrières interrompues et discontinues, précarités subies et temps partiel. Nous devons reconnaître formations en alternance, stages, études plus longues, aller-retour public/privé, choix familiaux, dont la maternité, mobilité géographique ou d’une branche à une autre : ce sont des réalités actuelles, que le système de retraites ne saurait ignorer ou mal traiter.

Dans la société d’aujourd’hui, il faut amortir les chocs et favoriser les choix. C’est notre responsabilité collective.

Nous attendons beaucoup du travail parlementaire, du dialogue avec le gouvernement, et de la discussion avec les partenaires sociaux, pour que cette réforme soit une réussite.

-  sur la pénibilité :
Ce sera une conquête historique et irréversible, que des générations de travailleurs cassés par la vie au travail ont attendu en vain. Il sera ouvert potentiellement à 20% des salariés.
Il nous est proposé un dispositif de compte pénibilité individuel. À nous de le rendre opérationnel dans les entreprises, par le dialogue avec les partenaires sociaux. À nous d’en faire mieux bénéficier les salariés qui prendront leur retraites dans les prochaines années.
Nous allons l’améliorer.

-  pour les jeunes :
Inquiets, ils veulent un système sûr et lisible. Nous allons l’assurer, et ainsi les rassurer. Pour beaucoup, nous atténuerons l’effet mécanique des 43 ans en prenant mieux en compte, l’alternance, les stages, le temps partiel, et le rachat d’années d’études y contribuera.
Je défends l’idée, avec le groupe socialiste, que la prise en compte des stages doit constituer une des avancées concrètes de cette réforme.

-  pour les retraités les plus vulnérables, qui bénéficient de petites pensions, nous devons veiller à ce qu’ils ne perdent pas de pouvoir d’achat au cours de cette législature. C’est aussi un des points importants de cette période. Le pouvoir d’achat des retraités les plus pauvres ne s’apprécie pas seulement par le montant des pensions, mais nous devons les protéger, dans ce texte comme dans le PLF qui arrive. C’est le vœu unanime de notre groupe.

-  pour les femmes, avec le souci là aussi de répondre complétement aux aléas et aux choix de la vie réelle.

-  pour les personnes en situation de handicaps, nous avons également précisé les intentions du texte.

Voilà dans quelles directions, dans quel état d’esprit ont travaillé notre groupe et notre rapporteur, Michel Issindou, dont je salue l’investissement et l’écoute de nos attentes.

Les libéraux qui inspirent l’opposition aiment à dire que « la justice sociale est un mirage » (F.Hayek).
Bien au contraire, ce qui fait tenir debout notre société, à l’heure de profonds changements de civilisation, c’est la solidarité entre les générations et les progrès de la justice.

La future loi doit en porter le témoignage et la démonstration. Nous sommes sur le C’est en bonne voie, engageons le débat, soutenons ce projet et écrivons une loi que nous pourrons longtemps défendre avec fierté.