Colère des agriculteurs, déchéance de nationalité, dégressivité des allocations chômage : j’étais mercredi l’invité de France 5

J’étais mercredi l’invité de France 5 et d’Axel de Tarlé dans C’est à Dire. Retrouvez moi ici : http://www.france5.fr/emissions/c-a-dire/diffusions/03-02-2016_456299

Démission de Christiane Taubira, déchéance de nationalité, colère des agriculteurs, dégressivité des allocations chômage évoquées… Les sujets qui interrogent l’orientation politique du gouvernement sont nombreux selon les frondeurs. Christian Paul, leur chef de file, est l’invité d’Axel de Tarlé sur le plateau de "C à dire ?!".

Après la déchéance de nationalité, le gouvernement ouvre le débat sur la baisse des allocations chômage. La coupe est-elle pleine ? En sommes-nous à un point de non-retour ? "Je trouve surtout que c’est une idée stupide. En France, depuis de longues années, nous sommes dans une situation de chômage de masse. Dans une telle situation, la question centrale qui est posée à la société française est comment est-ce que l’on relance l’activité, les créations d’emplois et non pas comment on va affaiblir les protections de millions de Français au chômage, dont l’immense majorité n’a pas choisi d’y rester. Baisser la protection des chômeurs dans une période comme celle-ci... S’il y avait en France aujourd’hui 5 millions d’emplois d’un côté vacants, et 5 millions de chômeurs qui rechigneraient à chercher du travail, on pourrait se poser la question. Qu’il y ait, ici ou là, des hommes qui se soient accommodés de cette situation, on peut en connaître, mais l’immense majorité des chômeurs que nous connaissons, nos amis, nos parents ou nos voisins, quand ils sont au chômage, cherchent du travail".

La dégressivité a déjà existé. Ça a été installé en 1992 par Martine Aubry. On ne peut pas dire qu’elle soit libérale. "Il a été fait un bilan de cette mesure. Ça n’a pas été efficace économiquement. Ça n’aide pas à combattre le chômage".

Il y aura prochainement le débat concernant la déchéance de la nationalité. Voterez-vous contre ? "C’est un feuilleton interminable. Aujourd’hui, je préférerais discuter avec vous de la crise de l’élevage, de la réforme de la profession de taxi, de ce que nous devons faire avec les nouveaux Conseils régionaux au niveau de la formation professionnelle et de l’emploi. Dans la foulée des attentats du 13 novembre, un moment qui a complètement tétanisé notre pays, il a fallu réagir sur le plan opérationnel. Cela a été fait avec beaucoup de détermination. Aujourd’hui, que devons-nous faire ? Faut-il s’enfermer dans un débat sans fin sur la déchéance de la nationalité ? Je partage l’analyse qui a été faite à droite comme à gauche par une majorité de socialistes et par Christiane Taubira".

Mais pas par une majorité de Français. "Quand on propose aux Français une déchéance de citoyenneté, les Français sont également majoritairement d’accord. Pourquoi cette déchéance telle qu’elle a été amenée pose-t-elle problème ? Cela créerait deux catégories de Français. Ceux qui verraient leur nationalité déchue et d’autres, parce qu’ils ne sont pas binationaux. Je pense que c’est un fiasco moral et politique. C’est un poison lent. Il faudrait débrancher très vite cette perfusion".

Depuis le 13 novembre, le gouvernement a engagé un virage sécuritaire. En 2013, il avait engagé un virage libéral. Ça fait beaucoup. Avez-vous vu la Une du journal L’Opinion ? "Le titre est polémique. L’Opinion est un journal coutumier de ce type d’interpellation. Certains Français se demandent comment nous en sommes arrivés là, et pour quelles raisons. S’il y avait une politique différente des engagements pris et qui donnerait des résultats, sur le plan du chômage et de la justice sociale, je serais le premier à dire que mes intuitions ne sont pas les bonnes. Aujourd’hui, quand on voit qu’une politique n’est ni efficace ni juste, on a envie de la changer. Pas pour faire une révolution à 180 degrés, mais pour revenir sur des fondamentaux économiques et que les Français s’y retrouvent. Que disent les Français aujourd’hui ? Ils disent que la gauche a affaibli les protections collectives, et va continuer à le faire".

Emmanuel Macron est populaire. C’est même le membre du gouvernement le plus populaire. L’opinion publique veut un virage libéral et sécuritaire. "Je pense que les Français sont disponibles pour un projet optimiste et pour un horizon constructif. Ils veulent que les choses changent en mieux".

Emmanuel Macron incarne cela ! "Il est ministre de l’Économie. Il a une tribune pour s’exprimer. Comment on passe de l’économie traditionnelle à l’économie numérique, avec beaucoup d’opportunités et beaucoup de destruction d’emplois... On le voit sur la question des taxis. Doit-on laisser la jungle s’installer dans le domaine des taxis ? C’est là-dessus que l’on attend Emmanuel Macron. Je ne suis pas sûr qu’il soit très populaire chez les taxis, en ce moment. Dans le transport individuel comme collectif, je pense qu’on peut trouver des solutions. Ça ne doit pas être la loi de la jungle. On doit pouvoir aider ceux qui ont investi dans une licence de taxi il y a dix ou vingt ans".

La licence, c’était une magouille entre eux... "C’est du côté de la nouvelle économie qu’il faut chercher les solutions. Nous avons un engagement absolu à prendre auprès des Français. Oui au changement pour répondre aux opportunités de la nouvelle économie, mais pas au prix de la précarité généralisée".

L’élection présidentielle, c’est l’année prochaine. Voulez-vous une primaire. "De tout mon cœur". Et si François Hollande refuse de s’y soumettre ? "S’il n’y a pas de primaires, personne ne sera au second tour de l’élection présidentielle. Si la gauche affronte cette élection en ordre dispersé, avec Marine Le Pen en embuscade, et le candidat de la droite qui sortira des primaires en ordre de bataille, de même. L’antidote à la dispersion, c’est la primaire".