C’est aussi à la jeunesse de faire taire Dieudonné. Newsletter #24 de la Gauche durable

La décision d’interdire les spectacles de Dieudonné nous confronte à deux types de critiques. D’une part, les supporters de cette boule de haine et de rancœur se mobilisent ; d’autre part, des défenseurs des libertés politiques s’indignent. Disons-le clairement : l’interdiction est une bonne décision. Faudrait-il laisser un homme s’adonner à un antisémitisme explicite ou suggéré, et mobiliser un public qui n’a pas eu le bon sens de déserter ses spectacles ? Non, sans aucun doute.

Mais nous n’en n’avons pas pour autant fini avec Dieudonné, et ce qu’il est en train progressivement d’incarner. Ce n’est pas avec l’antisémitisme que Dieudonné remplit ses salles, mais avec “l’antisystème”. Tous les spectateurs de Dieudonné ne sont pas des antisémites, mais tous considèrent que l’antisémitisme de Dieudonné n’est pas un problème. Ceux-là, pour des raisons multiples, et d’abord l’indifférence, ne portent pas sur leurs épaules le poids de la Shoah. Ils ne se demandent pas si leurs grands-parents étaient dans le maquis ou vendaient du beurre aux allemands, ni de quel côté ils auraient été. Sans la mémoire de l’holocauste, ils sont disponibles pour un antisémitisme traditionnel, fait de petites blagues récurrentes sur les juifs. Et Dieudonné, qui a compris son public, y ajoute que les juifs se seraient appropriés le monopole de la souffrance, autre sujet de blagues trash. Son public ne lui mettant pas de limites, Dieudonné allait crescendo ; l’attaque contre Patrick Cohen en témoigne.

Il nous faut donc combattre l’antisémitisme, comme le fait le gouvernement, et traiter l’antisystème, dont la dimension antisémite n’est qu’un aspect.

Le monde tel qu’il va n’a rien pour susciter l’adhésion. Crise, chômage en particulier des jeunes, creusement des inégalités, délitement des valeurs et de l’identité républicaine, conflits et injustices internationales qui durent, en Palestine et ailleurs… La liste de ses vices excède celle de ses vertus.

Rien d’étonnant, par conséquent, à voir des contestations qui montent et occupent des espaces vacants. L’affaire Dieudonné révèle l’absence, pour de nouvelles générations, de débouché politique sur des valeurs fraternelles, émancipatrices et transformatrices.

Avoir 20 ans et pour seule transgression, défiler avec la Manif pour tous, liker Dieudonné sur FB ou voter FN… Il y a de quoi se désespérer.

En complément de la lutte ferme contre le racisme et l’antisémitisme, de celle pour la compétitivité et l’emploi, il y a urgence à redonner à la jeunesse la place qu’elle avait dans la campagne de 2012.

La jeunesse ? Elle vaut une politique publique, bien sûr ! Mais elle veut aussi qu’on la mobilise et qu’on lui dise qu’à nous non plus, gauche au pouvoir, ce monde, ses exclusions et ses injustices ne nous conviennent pas et qu’on compte aussi sur elle pour le changer.