Budget de la sécurité sociale pour 2014 : mon interview dans le Quotidien du médecin

LE QUOTIDIEN – Assurés préservés, économies sur le médicament, maîtrise médicalisée… Qu’est-ce qui différencie un PLFSS de gauche d’un PLFSS de droite ?

CHRISTIAN PAUL – Depuis deux ans, nous tenons les comptes sociaux que nous avons trouvés naufragés. Nous avons écarté les déremboursements qui faisaient chaque année porter une responsabilité supplémentaire aux assurés. Notre méthode porte ses fruits. L’an dernier, l’opposition et tout particulièrement Jean-Pierre Door criaient au loup et affirmaient que le comité d’alerte de l’ONDAM allait tirer la sonnette. Il ne s’est rien passé de tout cela. L’ONDAM 2013 ne sera pas complètement consommé. Dans le même temps, nous engageons une nouvelle politique de santé et amorçons des réformes de fond. Nous allons donner une nouvelle place aux soins de premier recours en leur confiant des moyens d’exercer.

Vous allez étendre les nouveaux modes de rémunération à 150 nouvelles équipes. Comment ?
Nous voulons mettre en place une offre de soins plus coordonnée, encourager la médecine de parcours, favoriser le premier recours et le travail en équipe. Le but est que le patient ait devant lui une équipe de professionnels qui pourront être mobilisés pour des missions qui dépassent les soins stricto sensu et concernent la prévention ou l’éducation thérapeutique… Nous voulons aussi qu’à l’hôpital, les compétences ne soient pas enfermées dans les établissements mais se projettent dans les territoires (maisons de santé, consultations avancées, centres de santé). Les nouveaux modes de rémunération ne représenteront que quelques dizaines de millions d’euros l’an prochain mais ils ont vocation à être généralisés.

La T2A va devenir dégressive et différenciée selon la localisation des établissements. Est-ce une façon de programmer la fin du tout T2A ?
Oui, c’est un choix que nous affirmons depuis le début. Il faudra quelques années pour y parvenir. On peut avoir été critiques à l’égard des excès de la T2A et être soucieux de ne pas aller de Charybde en Scylla.
Nous allons expérimenter la rémunération aux forfaits dans les hôpitaux (insuffisance rénale, radiothérapie en matière de cancer). Les tarifs seront dégressifs en fonction des volumes d’actes. Nous devrons expliquer la méthode aux hôpitaux et aux praticiens hospitaliers pour que la nouvelle règle du jeu soit claire. Le rôle des missions d’intérêt général sera redéfini. On n’est plus dans le culte déraisonnable du tout T2A. Nous considérons que le maintien d’un hôpital, d’un service d’urgences ou d’une maternité peut se faire aussi avec des volumes d’actes qui n’ont pas forcément la taille critique.

Les contrats responsables vont être redéfinis. Quel doit être le niveau de prise en charge des dépassements d’honoraires ?
Il serait irresponsable que les contrats de complémentaire santé aillent au-delà de ce que l’avenant 8 a prévu. Cet accord doit être une des bases des contrats responsables. Nous attendons une régulation des complémentaires qui jusqu’à présent étaient une jungle illisible. Et puis les complémentaires vont avoir de plus en plus un rôle à jouer sur les prix. C’est l’objet de la loi sur les réseaux de soins que la loi va bientôt reconnaître.

> PROPOS RECUEILLIS PAR CHRISTOPHE GATTUSO